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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Glacier de Chavière, une longue histoire... qui finit bien !

15 mars 2003

Le 6 juillet 1963, le Parc national de la Vanoise, premier du genre en France, voit le jour.
En 1969, Pierre Schnebelen, promoteur de la station de Tignes-Val Claret, lance un vaste projet d’installation d’un domaine skiable sur le site actuel de Val Thorens, comprenant deux porte d’entrée : Val Thorens au nord et Val Chavière au sud. Cet aménagement comprend entre autre l’installation de remontées mécaniques sur le Glacier de Chavière, situé en zone centrale du Parc national de la Vanoise, afin de développer le ski d’été. Au Nord serait équipé le Glacier de Peclet relié à Val Thorens et au sud celui de Chavière relié, lui, à Val Chavière.

Deux années difficiles et houleuses verront s’affronter partisans et adversaires de cet aménagement et le 14 juin 1971, le conseil d’administration du Parc national de la Vanoise statuera en faveur de la station : « Nous rejetons la création de Val Chavière mais acceptons compte tenu de l’intérêt exceptionnel du glacier, son utilisation pour le ski et son équipement modéré ». L’équipement sera limité à quatre remontées mécaniques. Cette décision ne fut malheureusement pas une première puisqu’une première entorse avait déjà été effectuée en 1967 sur le Glacier de La Grande Motte au-dessus de Tignes, afin de développer, là aussi, le ski d’été.
A noter que le maire de l’époque, Joseph Fontanet, était président du Conseil général de la Savoie, ministre et ami de Georges Pompidou, président du Conseil d’administration du Parc de la Vanoise, et ami du promoteur Pierre Schnebelen. On s’étonnera que l’autorisation de développer le ski d’été dans la zone centrale du Parc, pourtant contraire à l’esprit et à la lettre des textes régissant le Parc, ait été donné par le conseil d’administration...
En 1974, deux téléskis seront réalisés (téléski de Polset, téléski de Lombarde, menant au col de Thorens, 2 gares de départ, un bâtiment d’exploitation). En 1987, la station cesse de fonctionner, suite au recul inquiétant du glacier qui rendra l’exploitation du domaine trop dangereuse et trop onéreuse.
En janvier 1989, Georges Cumin, maire de St Martin de Belleville, relance un projet d’équipement du Glacier de Chavière. Son idée est de reéquiper le glacier de six remontées mécaniques permettant ainsi de développer le domaine jusqu’à 3400 m pour bénéficier d’un dénivelé cumulé de 1600 m.
Il espère relancer le ski d’été sur la station de Val Thorens, permettant à ses habitants de bénéficier d’un emploi plus stable durant la saison d’été. Il ira jusqu’à affirmer que « c’est absolument vital pour les saisonniers et l’équilibre de la station ». Ce modeste projet est estimé à 30 millions de Francs ! Bien évidemment, la perspective des JO d’Albertville n’a pu qu’exciter les esprits à la penser des multitudes de touristes couverts de Dollars et autres devises alléchantes qui déferleront sur la vallée. Ce dossier sera déposé aux UTN (Unités Touristiques Nouvelles) le 10 mai, bénéficiant de l’appui de 25 maires (sur 26) des communes de la zone périphérique du Parc.
La réaction des associations de protection de la nature, qui réaffirment haut et fort le principe d’inviolabilité des Parcs nationaux, est immédiate. Le 21 avril 1989, Mountain Wilderness et le CAF organisent un bivouac sous les fenêtres du siège de l’association des maires de stations de sports d’hiver, boulevard Haussmann à Paris, pour protester contre cette attaque envers l’intégrité du Parc national de la Vanoise. C’est Patrick Berhault (à droite sur la photo) qui mène le bal.

Photo © Mountain Wilderness

Le surlendemain, 23 avril 89, près de quatre cents randonneurs à ski montent sur le glacier former une chaîne humaine dessinant un gigantesque "NON" ! Cette manifestation, organisée par Mountain Wilderness, reçoit le soutien du Club Alpin Français, de la FRAPNA et de "Vivre en Maurienne", et rencontre un grand succès médiatique.

Un débat animé a lieu sur le glacier, à 3000 mètres d’altitude, entre Patrick Gabarrou et François Labande représentant les manifestants, et le maire de Saint-Martin-de-Belleville accompagné de Marielle Goitschel (pour Val Thorens) ; débat qui sera poursuivi devant la mairie de Saint-Martin, en présence des caméras de FR3 et de Claude Francillon.
Dès le lendemain, Brice Lalonde se prononce contre le projet d’aménagement.

La montée à peaux de phoque le long des pistes de Val Thorens, Patrick Gabarrou et François Labande, et le fameux "NON" ! Photos collection Mountain Wilderness

 
 
Fin 1989, le Secrétariat d’Etat à l’Environnement et le Préfet de la région Rhône-Alpes refusent ce projet d’aménagement en zone centrale du Parc national : l’autorisation de création de l’UTN

n’est pas accordée.
Mountain Wilderness décide de maintenir la pression, en lançant, en mars 1990, une pétition nationale demandant le démontage de ces deux téléskis installés illégalement (car même si des autorisations ont été délivrées, elles l’ont été en contradiction avec les lois et décrets régissant ce territoire) en 1974 sur le Glacier de Chavière en zone centrale du Parc national de la Vanoise. Elle recueillera 8300 signatures et sera remise en janvier 1991 à Marie-Odile Guth, directrice du Parc national de la Vanoise, par François Labande et Crisol Serrate.
Parallèlement à toutes ces actions, le Directeur de la protection de la nature, au Ministère de l’Environnement, François Letourneux, exprimera son désaccord face à ce projet et argumentera sur le fait que l’article 15 du décret qui institut le Parc national de la Vanoise spécifiant qu’ « il est autorisé d’aménager des voies de communication à l’intérieur du parc, si elles contribuent à la desserte du-dit parc » à été interprété libéralement. Le Secrétaire d’état, Brice Lalonde, apportera également son soutien aux opposants et affirmera : « Je suis là pour faire respecter la loi sur les Parcs nationaux qui sont des espaces de nature dans lesquels de nouveaux équipements, comme le projet de Chavière, ne sont pas possibles ! » Face à une telle opposition Georges Cumin n’avait plus qu’à s’incliner.

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Pendant plus de quinze ans, pylônes et gares pourriront sur le glacier...
Vous pouvez vous rendre compte de l’état désastreux dans lequel se trouvait le site en allant visiter le site de Christian Hawellek : www.avalon-c.de/chaviere.htm (dont les photos ci-dessus sont extraites).

Lors de l’été 2002, la SETAM, en accord avec le Parc national de la Vanoise, démonte les infrastructures rouillées sur le glacier (une manière de se racheter après avoir bousillé le secteur du Bouchet avec les extensions de la station d’Orelle ?). la contre publicité faite par MW sur les installations abandonnées en montagne ne serait pas étrangère à cette décision de démontage.
C’est avec un immense sentiment de satisfaction que Mountain Wilderness a appris le démontage de ces installations obsolètes !
Ont été enlevé : les 2 gares de téléski, un pylône de compression, 7 socles, 2 contrepoids, situés sur le rognon rocheux à 3025 m d’altitude, en bordure est du glacier de Chavière, ainsi que les équipements situés à 3270m d’altitude, sous l’arête sud du Mont Gébroulaz (poulie de retour).
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Le site après le nettoyage - Eté 2002.
Photo Jeffrey LebowSKI
Le local technique, que l’on voit sur la photo ci-dessus, n’a pas été démonté ; les randonneurs et les guides de la vallée des Belleville ont en effet pris l’habitude de compter dessus comme abri de repli en cas de mauvais temps. La SETAM prévoit de remettre cette cabane en état (crépi, lazure) à l’été 2003.


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