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Pour une exploitation de la forêt pyrénéenne respectueuse

2 oct. 2020

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Le 1er octobre 2020, Mountain Wilderness France a tenu à apporter son soutien aux collectifs « SOS Forêt Pyrénées » et « Touche pas à ma forêt » dans leur lutte contre le projet d’implantation d’une méga-scierie industrielle à Lannemezan. Si le site de ce projet n’est pas situé en zone de montagne, il n’en reste pas moins que ses impacts potentiels concernent l’ensemble des forêts de la chaine pyrénéenne.

Alors qu’au second semestre 2019 sont validés respectivement par l’État et la Région Occitanie le Programme régional de la forêt et du bois et le contrat Filière forêt bois d’Occitanie, le projet Florian sur le plateau de Lannemezan est porté à la connaissance du public quelques semaines plus tard. Porté par la communauté de communes du Plateau de Lannemezan (CCPL), il s’agit d’un projet de scierie qui exploiterait 40000 à 50000 m³ de bois d’œuvre par an (hêtre -4/5e- et chêne). Ce qui veut dire, suivant les estimations, de 200000 à 360000 m³ de bois coupé.
La zone d’extraction englobe les forêts des Pyrénées, des Pyrénées-Atlantiques à l’Ariège et le massif central d’Occitanie. Forêts domaniales, communales et privées, toutes les communes forestières, toutes les vallées sont concernées.

ENCORE UN PROJET D’UN AUTRE ÂGE !

A l’image de trop nombreux projets qui continuent malheureusement de fleurir partout dans nos régions, ce projet de scierie industrielle est sorti tout droit de « l’ancien monde », sans respect de l’environnement et de l’avenir. Les volumes nécessaires au fonctionnement de cette scierie sont tellement démesurés qu’ils menacent l’activité existante des scieurs locaux et la ressource naturelle dans sa globalité. Les réelles incertitudes que ce dossier laisse planer sont de tous ordres. Elles concernent à la fois l’environnement, par la menace sur la biodiversité et la régénération des hêtraies sur le massif pyrénéen. Elles concernent aussi l’économie locale, par la menace sur le tissu économique local lié à la filière bois. En effet, la taille de cette scierie créerait de facto une situation de monopole qui mettrait en péril la survie des PME locales. Enfin, elles touchent aussi à l’éthique, par les interrogations sur le possible gaspillage d’argent public (le groupe Florian n’apporterait que 40% des 11 M€ d’investissements nécessaires au total).

DEUX PROJETS ALARMANTS

Le projet comprend deux axes : l’implantation de la scierie elle-même, ainsi que l’installation d’une usine de cogénération biomasse.
Dans ce dossier il est question d’exploiter 300 000 m3 de hêtre en plus des 120 000 m3 déjà récoltés et mis en marché chaque année pour alimenter la filière déjà présente. Cela correspond à une augmentation de la récolte en hêtre de 250 %. Pour les professionnels présents sur le secteur, cette ressource n’est pas disponible en l’état car cela menace l’équilibre des forêts.
Une inquiétude partagée par l’Observatoire des forêts, structure associative financée par la région Occitanie, qui a produit un rapport sur le sujet. « Le projet d’installation de cette scierie industrielle sur le piémont pyrénéen ne peut être de nature à répondre au double enjeu de changement climatique et d’érosion de la biodiversité, mais bien au contraire, ne faire que l’accentuer », concluent les auteurs.
Sans compter que pour certains arbres inaccessibles, il faudra pour les atteindre créer de nouvelles routes ou de nouveaux sentiers forestiers et donc, là encore détruire une partie de la ressource. Selon le collectif, le transport du bois produit par Florian aurait également un impact néfaste sur l’environnement puisqu’il entrainerait la mise en circulation de centaines camions grumiers supplémentaires sur les routes de la vallée.

Pensé par la Communauté de Communes du Plateau de Lannemezan (CCPL), le projet prévoit aussi l’installation d’une usine de cogénération biomasse. Dans l’esprit des porteurs du projet, l’augmentation de l’exploitation du hêtre pyrénéen permise par l’activité de la scierie devrait aussi permettre à la CCPL de mettre sur pied une usine afin de produire de l’électricité et de la chaleur avec le bois restant de moindre qualité. Il s’agit d’un très gros investissement public de la CCPL et de la Région, pour créer uniquement 20 à 25 emplois. D’autant qu’on peut craindre que l’industriel ne s’en aille au bout de 5 à 6 ans avec ses machines quand il s’apercevra que la forêt ne fournit pas assez de volumes. L’investissement serait donc à fonds perdu avec en plus une dégradation de la forêt.

UNE MAUVAISE RÉPONSE A UNE BONNE QUESTION

Pourtant, l’ensemble des acteurs locaux sont d’accord sur le fait qu’il est nécessaire de développer la transformation du hêtre des Pyrénées qui est aujourd’hui sous-exploité. Actuellement la filière bois du piémont pyrénéen se compose uniquement de petites et moyennes entreprises familiales réparties de manière homogène sur le massif et en adéquation avec la ressource disponible pour la transformation de bois feuillus et résineux. La vingtaine d’entreprises familiales du massif pyrénéen sont présentes dans les départements des Pyrénées Atlantiques, du Gers, des Hautes-Pyrénées, de la Haute-Garonne, de l’Ariège et de l’Aude.
A ce jour, les scieries de la chaîne des Pyrénées représentent environ 250 emplois directs et pas moins de 150 emplois indirects, cela pour une transformation de près de 50 000 m3 de chêne, de 15 000 m3 de hêtre et plus de 100 000 m3 de sapin. Cela signifie qu’un tissu économique autour de la filière bois est déjà présent et bien en place sur le massif pyrénéen.

Ces entreprises représentées pour partie par la Fédération Nationale du Bois émettent des doutes sur la faisabilité du projet "Florian" qui est un groupe international et multi-essences. Cela signifie que le groupe Florian n’est pas uniquement transformateur de hêtre mais de plusieurs essences notamment de chêne. Pourquoi alors mettre en péril une filière locale en place depuis plusieurs générations pour mettre en place un important industriel implanté grâce à des subventions publiques et qui, à court terme, monopoliserait la ressource de tout le massif et cela sur plusieurs essences ? Comme le massif ne peut pas fournir le bois demandé par le projet, il est probable que le groupe Florian se tourne inévitablement vers d’autres essences afin d’alimenter sa chaîne de production.

POUR UN PROJET RAISONNÉ EN TERMES DE TAILLE ET DE MODÈLE ÉCONOMIQUE

Pour les collectifs locaux, l’objectif est double : d’abord contester la dimension du projet de Lannemezan, ensuite convaincre les institutions de travailler avec des partenaires (associations environnementales notamment) pour un développement raisonné de la filière bois.

Le principal problème de la filière bois sur le massif pyrénéen réside en son approvisionnement qui freine le développement de beaucoup d’acteurs locaux. S’il est possible d’accroitre la mobilisation de la ressource, pourquoi ne pas développer l’existant plutôt que d’inventer un monde nouveau ? En effet, les acteurs locaux conscients de ces difficultés, seront beaucoup plus réalistes et moins exigeants. Car « si la surface forestière a augmenté, ce n’est pas pour cela qu’il y a beaucoup plus de bois exploitable. Par exemple, il y a un secteur en Ariège, où entre 1910 et 1990, la surface a doublé. Mais cette forêt n’a même pas cent ans, et elle va donner le bois que veut Florian. Au contraire, il faudrait laisser ces arbres devenir très gros » argumente Dominique Dall’Armi, représentant du Snupfen, syndicat majoritaire de l’Office national des forêts (ONF), et de SOS Forêt Pyrénées au sein du collectif Touche pas à ma forêt, créé en réaction au projet : « Notre but n’est pas de faire que les Pyrénées ne soient plus exploitées, mais qu’on les gère en respectant le milieu naturel ». Les opposants se sont fixés l’objectif de construire « un projet alternatif », qui serait mené par des entreprises du bois locales. En résumé, recréer un réseau industriel local pour une filière en crise depuis des années, et totalement morcelée.

Tout laisse à penser que les appétits financiers et les projets d’aménagement délirants n’en ont pas fini avec les territoires montagnards et qu’il faudra une fois de plus lutter pour des pratiques respectueuses des écosystèmes et des modèles économiques plus soutenables…
Fidèle à ses valeurs, Mountain Wildnerness est pour sa part favorable à la transformation du bois issu des forêts pyrénéennes si cela se fait dans le respect des équilibres naturels permettant la préservation et le renouvellement des hêtraies, et dans le respect de l’équilibre du marché économique et social sur lequel opèrent aujourd’hui les scieries locales.

MOBILISONS-NOUS !

JPEG - 85.5 koLa date potentielle de début des travaux de la scierie Florian n’est pas encore annoncée. Les acteurs locaux ont consulté Jean-Bernard Sempastous, député de la 1re circonscription des Hautes-Pyrénées, qui s’engage à réunir tous les acteurs du projet, les différents organismes publics et les transformateurs locaux afin de répondre aux différentes interrogations et ce, sous la haute autorité du Préfet des Hautes-Pyrénées... Affaire à suivre.

En attendant, Mountain Wilderness appelle ses adhérents et sympathisants locaux à participer à la marche organisée les 10 et 11 octobre prochains.

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