Crédits photos

Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Rail + ski nordique en Laponie. Démonstration par l’exemple.

17 mai 2010

Mountain wilderness apporte un "soutien moral" à la jeune équipe de savoyards qui nous a contacté avant son départ pour la Laponie. Puisque ces 10 jours de raid à ski devaient peser le moins possible sur l’environnement, ils ont tout simplement pris le train. Fanny Cathala nous explique comment ce qui pouvait paraitre comme une contrainte fut un véritable plaisir.

Photos de Fanny Cathala et Charles Gilbert.
 

- Comment avez-vous décidé d’organiser un raid à ski en Laponie en remplaçant le train par l’avion ?

Durant l’été 2007, après une traversée de l’Islande à pied (450 km d’autonomie et de grands espaces), le doute s’installe en moi.. Le voyage nature à l’état pur ? L’accès à la destination, en avion, est beaucoup trop gourmand en carbone. Je me sens alors coupable… Dès lors, je ne vois plus ma planète comme terrain de jeu… mais comme terrain de vie.

L’été 2008, nous sillonnons les routes de Bretagne à vélo. Que du plaisir ! Mais, que les grands espaces me manquent ! Le nez collé à la carte, mon regard parcourt les voies ferrées d’Europe. Je veux des grands espaces, j’aimerai m’y rendre en train… La Laponie suédoise s’impose comme une évidence.
Partir les skis aux pieds de la gare d’Abisko, à 200 km au Nord du cercle polaire arctique. Randonner sur la Kungsleden, la « voie royale », dans les alpes de Suède. Reprendre le train à Kiruna, capitale du peuple Same. Une première découverte du Nord en hiver… et tout en douceur !
Alors oui, on peut dire que ma motivation première était complètement basée sur mes convictions écologiques. Tout cela a bien évolué aujourd’hui…
 

- Qui a fait parti de ce voyage ?

Fanny Cathala, 25 ans, éducatrice environnement, géographe et accompagnatrice en montagne. Je parcours inlassablement les montagnes alpines, seule ou en groupe afin de transmettre au mieux ma passion pour la nature. Après plusieurs voyages, je deviens accroc aux grands espaces et sillonne depuis, avec toujours plus d’acharnement, notre planète, la Terre.

Yann Foucard, 26 ans, marin à la base et montagnard d’adoption. Le plein air est l’essence de sa vie. Initiateur d’escalade, moniteur de voile et accompagnateur en montagne stagiaire, il connait les milieux polaires, et a déjà effectué la logistique de plusieurs expéditions au Spitzberg.

Charles Gilbert, 28 ans, photographe, éducateur à la nature et au développement durable, accompagnateur en montagne. Il a crée l’association Made In Nature, dont l’ambition est de dessiner chaque jour ce lien immuable qui lie l’homme à son environnement.

Amandine Maignan, 26 ans, éducatrice à la nature et au développement durable, conteuse. Elle a fait de la nature son métier et parcours les chemins à pied ou à ski à la recherche d’émotions qui renouvellent sans cesse son envie de transmettre…

Ce voyage a constitué un test dont le but était de répondre à ces quelques questions :
Cette vision du voyage nature est-elle transférable dans notre société ? Est-il possible d’organiser de tels projets à grande échelle ? Comment en limiter les contraintes ? Quels changements cela impose-t-il dans notre conception du voyage ? Que vais-je en retirer sur le plan personnel ?

En fonction des sensibilité de chacun, le voyage est vécu différemment. A quatre, nous avions matière à répondre à toutes ces questions !
 

- Votre voyage a duré moins de 15 jours. Cherchiez-vous à démontrer qu’on peut partir loin, en respectant l’environnement, tout en prenant des vacances "classiques" ?

Oui. Enfin… si j’avais pu partir plus longtemps, je ne m’en serai pas privé !
Tous en activité, nous avions des impératifs de retour. 15 jours, c’est facile à prendre et ce n’est pas contraignant. Ce voyage est donc accessible à tous.
Si je devais retourner en Laponie pour 15 jours, et bien… ce serait en train !
 
- Passer 2 jours dans un train peut susciter un a priori négatif. Comment avez-vous abordés et vécus ces "temps morts" ?

L’a priori négatif existait au sein même de notre équipe ! Sur le quai de la gare d’Abisko, après 50h de train, les garçons m’ont pourtant dit « franchement, c’est bien passé ! ». Nous avons longuement ruminé le voyage retour. Mais de l’avis de tous, il a permis de ré-atterrir en douceur dans le quotidien, de se retracer le voyage, d’en imaginer d’autres, mais surtout de se poser et se reposer…
La première remarque qui nous est faite lorsque l’on parle d’un tel voyage est : « quand même, 4 jours de voyage sur 15, c’est beaucoup de temps perdu ! ».
Et pourtant ! Si elles savaient toutes ces personnes… Il ne faut pas prendre ces 4 jours comme une période d’attente… Pour nous, le train a constitué un véritable « voyage dans le voyage ». C’est un instant de découverte, de repos, d’échange… nous prenions le temps. Et quel luxe ! On en a presque oublié le but de notre destination !
Il faut déjà préciser que nous nous dirigeons plein Nord, dans des pays dits « développés ». Les trains sont tous conforts et à l’heure (normalement). Ceux qui couvrent de longues distances sont très bien équipés (Wagons restos très importants pour le moral !). Sur deux jours, nous passons déjà deux nuits à dormir… et en couchettes, il n’y a aucun souci à pratiquer cette activité ! Il suffit de se laisser bercer ! Et quelle joie le matin de se réveiller au plein cœur de la taïga englacée ! Les changements sont associés à la découverte des gares et villes scandinaves. Durant deux jours, un nouveau rythme s’installe. Et comme je l’ai déjà dit, on en oublie le pourquoi on est dans le train !
Voyager en train, c’est facile ! Il suffit juste de s’approprier l’idée !
 
- Vous proposez un compte-rendu pratique et documenté de votre voyage. Quels comportements souhaiteriez-vous voir évoluer ?

Ce sont mes convictions écologiques qui m’ont forcée à imaginer ce voyage. Ces convictions sont aujourd’hui pourtant reléguées au second rang. Le plaisir qui est ressortit d’un tel voyage passe bien au-dessus. Même si je ne m’interdis pas de prendre l’avion, je n’envisage pas une seconde d’y retourner par les airs !

Une chose qui m’étonne toujours en feuilletant les catalogues des agences de voyage est que l’ensemble prône des voyages responsables mais qu’il n’y a que peu d’efforts fait sur l’accès aux destinations, qui demeure, même pour de courtes distances, réalisé en avion. L’Europe offre pourtant un beau réseau ferré…
Est-ce par simplicité ? Peut-on faire évoluer des pratiques qui semblent acquises ?
Les changements de comportements doivent aussi provenir du « consommateur » et du voyageur lambda. Ce guide est fait pour eux. Si déjà il permet de se questionner, ce sera gagné. Mais s’il provoque un engouement certain pour ce type de voyage, et un effet boule de neige derrière, je crierai « victoire » !
 
- Quelle est la prochaine étape dans votre évolution par rapport aux voyages et leurs impacts écologiques ?

Parler… Communiquer… et recommencer !
Ma profession d’accompagnatrice en montagne m’offre la possibilité de faire découvrir ces espaces au plus grand nombre… J’espère que cela donnera des idées à d’autres professionnels… Et tant pis pour la concurrence, c’est pour la bonne cause !
Mon souhait est à présent de diffuser le plus largement possible l’expérience acquise lors de ce voyage (publications, diaporama…).
A terme, j’aimerai voir se créer une plate-forme d’échange type forum ou base de données ou chacun pourrai apporter son expérience… quelque chose comme le concours « changez d’approche »… à l’international ! Avis aux partenaires !
 
Compléments :
Télécharger le compte-rendu du voyage au format pdf.

Diffuser cet article :


Partager