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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Sur le dérangement de la faune en hiver

1er mars 2009

de Thierry MAILLET
Il nous arrive à tous d’avoir l’onglée, de sentir le vent nous transpercer, d’avoir peur des avalanches, de dépenser une énergie folle à faire la trace... Mais le soir nous rentrons chez nous, bien au chaud, table servie ! Les animaux, eux, restent en montagne. Et, au cours des millénaires, se sont adaptatés pour survivre à ces rudes conditions.
La valeur nutritive d’une graminée est quatre fois moindre en hiver qu’au printemps et l’herbe est sous la neige ? Les herbivores ont appris les économies d’énergie et peuvent jeûner plusieurs jours.
Les besoins du Tétras-lyre pour maintenir sa température corporelle sont multipliés par 2 lorsque la température extérieure est de -5° ? Ces oiseaux savent passer 22 heures par jour dans leur igloo, pour dépenser le moins d’énergie possible, et ne sortent se nourrir que 2 fois une heure par jour.
Se déplacer dans la neige est difficile ? La raquette a été inventée depuis longtemps chez le chamois (membrane interdigitale), le lagopède (pattes emplumées) ou encore le tétras-lyre (peignes le long des doigts).
Mais la lente évolution qui a permis à ces espèces de s’adapter au mieux aux difficultés du milieu n’a pas prévu l’invasion soudaine et massive de l’homme en montagne en hiver.
Le ski de piste n’existe que depuis 80 ans, la randonnée à skis se pratiquait presque exclusivement au printemps il y a 30 ans et la randonnée avec raquettes n’existait quasiment pas. Pour les animaux, c’est comme si un monstre débarquait chaque nuit dans votre chambre et vous faisait fuir... Pas facile !
Ainsi, des tétras-lyres ou des lagopèdes ont vu leur milieu de vie détruit par la création de stations de ski.
Les comptages (PNV-OGM) ont par exemple montré que la construction d’Arc 2000 et l’équipement de Villaroger ont fait chuter le nombre de coqs de Tétras de 50 % en 3 ans. À Pelvoux-Vallouise, l’aménagement de la Blanche a fait passer le nombre de coqs aux 100 Ha, de 5 à moins de 2, en 5 ans (PNE - OGM).
Un suivi effectué par le Parc national de la Vanoise sur la zone de hors-pistes de l’Ouille noire, entre le haut des remontées de Val d’Isère et Bonneval sur Arc, a montré que le hors-piste entraîne un morcellement de la zone d’hivernage des chamois et des déplacements accrus des animaux à cause du dérangement.
Les premiers résultats d’une étude en cours montrent que les Tétras-lyres trouvés morts sur des domaines skiables des stations sont plus parasités que ceux trouvés dans en-dehors des stations.
Même s’il est toujours très délicat d’isoler un paramètre parmi d’autres, il existe de nombreux sites, à dire d’expert, où le Tétras-lyre semble avoir presque disparu depuis qu’ils sont très fréquentés par des skieurs de randonnée ou des raquettistes.
Pour favoriser la prise en compte de ces constats alarmants, chacun peut se renseigner et adhérer aux associations telles que Mountain Wilderness et le rappeler au cours des enquêtes publiques effectuées préalablement aux gros projets d’aménagements des stations.
Enfin, nous nous devons tous d’avoir toujours à l’esprit que c’est grâce aux réserves accumulées en été que les animaux construisent leur survie hivernale, dans la plus grande économie d‘énergie. Déranger un Tétras-lyre une fois n’est pas une catastrophe. Si ce dérangement se répète trop, il ne survivra pas.
Ne plus fréquenter les montagnes ? Mais c’est impossible puisqu’elles sont là ! Alors, il est important de nous faire les plus petits possible. Même si le champ de poudreuse est attirant, nous nous devons de suivre les traces de celui qui nous a précédé. Plus l’espace tracé est restreint, plus il est probable que le dérangement restera supportable. Des zones préservées de la fréquentation humaine, même très proches de celles fréquetées, rendrent possible la survie des espèces.
Il ne s’agit pas de privation de liberté mais plutôt d’être libre dans le respect de la vie sauvage.

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