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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

Projet d’équipement au massif du Caroux

23 juil. 2008

Un projet d’équipement des voies d’escalade du massif du Caroux, dans la Montagne Noire (Hérault), est en cours de discussion. Nous sommes intervenus afin de donner notre point de vue sur ce projet qui suscite des réactions d’opposition (une pétition a été lancée, voir sur le site http://caroux.saimon.org). En quelques lignes, voici le contexte et notre position.

Position générale de Mountain Wilderness sur les pratiques sportives de montagne
La pratique de l’alpinisme était au cœur de la préoccupation des alpinistes du monde entier qui ont créé le mouvement Mountain Wilderness. En effet l’un des premier objectifs était de sensibiliser la communauté des alpinistes à la protection de leur environnement d’activité, avec la lutte contre l’artificialisation de la montagne, ceci dans le seul but, éviter que dans les faits ou dans les mentalités la montagne devienne un stade.
Position de MW dans le cas de l’escalade
Mountain Wilderness France a participé à l’élaboration de plusieurs « chartes escalade » visant à réguler l’équipement et le ré-équipement de voies d’escalades : Ecrins, Mercantour, Chartreuse, Montagne Ste Victoire.
Notre association continue à faire la promotion de ce type de gestion qui permet la coexistence de la pratique et de la protection.
Avis sur le projet actuel
1. Le projet prévoit le remplacement de points en place (pitons, spits) par des scellements : même si des principes ont été affirmés au cours d’une réunion (respect de l’itinéraire et de l’engagement de l’ouverture, implantation des points à 50 cm des anciens...), leur application sera sujette à interprétation et donc discutable. Il s’agit donc bien d’un projet d’équipement à demeure des voies dans un site classé TA (Terrain d’aventure).
Même si l’équipement posé restait de l’ordre de 4 ou 5 points par longueur plus les relais, l’intérêt de ce site pour le terrain d’aventure en serait fortement réduit : la recherche de l’itinéraire ne sera plus une difficulté, l’emplacement et la confection des relais ne sera plus une question pour le grimpeur.
La particularité du massif du Caroux pour l’escalade est qu’il constitue en l’état (et même plutôt en l’état où il était il y a quelques années) une très bonne école de terrain d’aventure et de préparation à l’alpinisme puisqu’on peut y trouver des voies de difficulté technique faible ou moyenne, mais en rocher solide, facilement protégeables en utilisant les ancrages naturels et d’une certaine esthétique. C’est aussi un très bon endroit pour apprendre à trouver son itinéraire, que ce soit dans les voies, ou pour les approches et les descentes ! De plus certaines voies sont très peu engagées.
2. Le projet prévoit également la purge des blocs instables : comme la pose de points à demeure, il constitue une forme d’aménagement. De plus, c’est une sécurité illusoire dans le cas de ce type de voies dans la mesure où ce nettoyage devrait être réalisé très régulièrement pour suivre l’évolution du rocher.
3. Du point de vue de la sécurité des cordées, on risque de créer une confusion dans l’esprit des grimpeurs : puisque l’équipement a été revu, les blocs instables purgés, et que le site est conventionné, on pourrait évoluer en toute confiance. Pour se couvrir, les techniciens et promoteurs du projet seront tentés de poser davantage de scellements que ce que les principes avancés permettraient.
4. La protection du milieu : vu les tendances récentes d’évolution des pratiques de l’escalade, l’équipement des voies, même partiel, aura pour conséquences une augmentation de la fréquentation par des particuliers et des groupes. Ceci est contradictoire avec une volonté de protection des habitats et des espèces animales et végétales.
5. L’agenda : plutôt que de concentrer les efforts sur l’équipement d’un site pilote, l’urgence est de mettre fin aux équipements anarchiques, parfois suivis de déséquipements, qui se multiplient dans les sites les plus accessibles notamment dans les Gorges d’Heric.

Mountain Wilderness demande donc que ce projet d’équipement soit suspendu et qu’une véritable concertation soit mise en place avec toutes les parties prenantes (Gestionnaires, Grimpeurs, Protecteurs, ...) pour décider de l’avenir de ce site.
Nous proposerons alors la mise en place d’une charte escalade afin que chaque équipement ou ré-équipement soit soumis à autorisation, que les équipements sauvages de ces dernières années soient supprimés.
La mise en place d’une convention permettrait :
- de réguler l’équipement pour conserver au site son caractère de terrain d’aventure et mettre un terme aux dérives constatées ces dernières années d’équipements sauvages, parfois mal faits, et injustifiés ;
- de concilier différents types de pratiques sportives et de loisirs en définissant des zones ;
- de réduire les nuisances à l’environnement liés à ces pratiques.
 

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