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Cynorrhodon
© Gonzalo Ossa

20 chantiers pour le Parc national du Mercantour

7 sept. 2017

L’histoire du magnifique vallon de Gialorgues, bien que tragique [1], n’empêcha pas les 23 bénévoles aux larges sourires de prendre possession des lieux le temps d’une opération de démontage d’installations obsolètes. Dans la foulée du chantier mené le week-end précédent en Vésubie, c’est dans la sauvage vallée de la Tinée que Mountain Wilderness a procédé à une nouvelle opération de ramassage de fils barbelés ; vestiges d’une ancienne ligne de défense du col de Gialorgues. Au total, ce sont 3,9 Tonnes de fils barbelés qui ont été enlevées des pentes herbeuses par les bénévoles de Mountain Wilderness, rejoints par 4 détenus en fin de peine et leurs accompagnateurs.

MONTÉE A LA FRAÎCHE

Ce chantier a rassemblé des volontaires venus de Nice, Grenoble, Blois, Lyon, Gap... et même de Suisse ! C’est lundi 28 août, en fin d’après-midi, que la majorité des bénévoles ont pris la route vers le site du chantier, accompagnés des gardes du Parc national du Mercantour, jusqu’au refuge non gardé. Là-haut, dans le cirque de Gialorgues, c’est un paysage lunaire, fauve, qui nous attendait. Après un premier repérage conduit par Jean-Paul Rochaix, le référent Installations Obsolètes, la soirée s’est déroulée paisiblement au milieu des deux ânes gourmands et des nombreux chiens du berger voisin.

EFFICACITÉ MAXIMUM

Mardi 29, nous petit-déjeunons aux premières lueurs, puis c’est dans la fraîcheur de l’aube que nous commençons le chantier. Le reste des bénévoles nous rejoint sur le chantier et notamment 4 détenus en fin de peine, spécialement venus de Nice avec leurs accompagnateurs pour nous épauler.
Si certains bénévoles, comme Guillaume et Christophe, vivent l’expérience excitante du premier chantier, d’autres, comme Alice, Michel, Henry, Cyril ou encore Claire (qui compte déjà une dizaine de chantiers à son actif !), sont déjà bien rodés à l’exercice périlleux du ramassage de barbelés. Les opérations sont menées par Jean-Paul, qui a en amont réalisé un travail de repérage avec Michel, de préparation, puis d’organisation aux côtés de Carmen, salariée de l’association en charge de la campagne.
Comme une averse est prévue en fin de journée, nous mettons les bouchées doubles afin d’effectuer le gros du travail. Ainsi, de 7h du matin à 16h, les bras et les dos ont œuvré pour fagoter et ériger des cocons de barbelés, et c’est fatigués mais fiers que nous reprenons le chemin de la cabane.

UN PEU DE HAUTEUR...

Après l’averse, quelques motivés se sont aventurés jusqu’au dernier lac de Giarlogues, lieu magique peuplé de marmottes, bouquetins et crapauds, au pied de la ligne de fortification de Fort Carra, ces remparts naturels qui déchiquettent le ciel. Rapprochés par la splendeur solennelle du paysage, les cœurs s’ouvrent. Paul, l’un des détenus, est presque étourdi par cet espace infini : « je suis un peu perdu... Je n’ai pas l’impression que c’est réel. Cela fait deux ans que je ne suis pas sorti et c’est la première fois que je vais en montagne. » Il raconte sa vie en prison où rien ne manque, « sauf la liberté, le plus important ». La sortie approche et un nouveau début aussi : peur, impatience, angoisse... se mêlent. En attendant, il veut profiter au maximum de ces deux jours dehors : regarder les étoiles toute la nuit, ré-habituer ses jambes à la marche, tant il a « de l’énergie à revendre ».
Nous redescendons vers la cabane, la lumière baisse et nous levons tous notre verre de rosé vers les sommets. Le berger rentre avec ses brebis et se retrouve encerclé par les multiples questions des curieux. Les détenus sont particulièrement friands d’explications et photographient le troupeau sous tous les angles. Après cette longue journée, les appétits sont décuplés et le sommeil s’installe doucement.

SUITE & FIN

Mercredi, le réveil matinal fut un peu plus difficile mais la beauté de l’aurore achève de nous sortir du duvet. Nous reprenons le chemin du chantier pour finir les cocons de barbelés et sortir les derniers morceaux de ligne des pierriers. A 11h, tous les cocons sont ficelés et le travail est terminé. Certain-e-s poussent jusqu’au col pour admirer la vallée voisine tandis que les autres reprennent le chemin de la cabane. Les gardes nous ont gentiment monté des boissons et agrémentent notre pique-nique d’un vin rouge local et de bières fraîches. Nous recevons la visite de Christophe Rivet, directeur du Parc national du Mercantour, reconnaissant pour le nettoyage accompli.
Une fois rassasiés, Jean-Paul nous fait une petite « surprise » et nous invite à effectuer un ultime aller-retour pour les derniers barbelés égarés sur un autre pan de la montagne. Rien de tel pour digérer ! Avant l’orage, nous rejoignons la vallée, certes un peu sales et griffés, mais comblés.

Ce sont 3,9 Tonnes de barbelés que nous avons retiré du vallon de Gialorgues et que les hélicos viendront chercher bientôt. Ce 20e chantier effectué par Mountain Wilderness avec et dans le Parc national du Mercantour, signe une nouvelle fois la réussite de cette belle coopération débutée en 2002. Ces 20 opérations représentent au total 943 participants, 58 journées de travaux et 180 tonnes prélevées. BRAVO à tous !

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[1C’est là que 7 villageois, en partance avec leurs vielles à roue (également appelées « orgues ») et leurs marmottes domestiquées, ont trouvé la mort dans une avalanche. Ils allaient à la ville pour y trouver de quoi passer l’hiver en se produisant dans les rues. Ils furent découverts gelés le printemps suivant, et le vallon a pris le nom de Gialo-orgues (gèle-orgue).

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